La Tresse - Laetitia Colombani

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je n'ai pas aimé ce livre. Il y a une bonne intention, et c'est pour ça que je voulais le lire, puisqu'il s'agit de montrer les discriminations faites aux femmes à travers trois portraits entrecroisés. En gros. Ça me semblait être une bonne idée.

En fait, La Tresse illustre justement qu'une bonne intention ne suffit pas à faire un bon livre. L'intrigue manque de corps, s'effiloche. C'est boiteux, maladroit, cliché, et même si de toute évidence l'auteure s'est documentée pour parler des Intouchables indiens et de la fabrication des postiches capillaires en Sicile, ça sonne comme une récitation. On sent les reportages Arte et pas la vraie vie. Et ça manque de vraies femmes aussi. Elles sont désincarnées et mutiques. L'auteure leur refuse les dialogues au profit de laborieux monologues intérieurs et quelques discours rapportés. Dommage pour un livre sensé donner la parole aux femmes. 

Et ce n'est pas seulement une voix qui manque à ces femmes, elles manquent, et c'est pire, d'authenticité. En particulier Sarah, cette brillante avocate canadienne inféodée au culte de la performance qui découvre qu'elle a un cancer. Aussitôt, nous voilà plongés dans ses peurs les plus profondes : et si ses associés le découvraient ? si on essayait de l'éliminer, de lui voler sa place ? Il n'est question que de ça. On ne dit rien de ce qu'elle ressent à être enfermée dans un corps malade, ni comment elle annonce la nouvelle à ses enfants.  Tout ça est éludé. Ça ne va pas dans le sens du récit, l'objectif c'est de montrer l'asservissement des femmes. Oui, mais parler de l'asservissement de femmes qui n'existent pas, qui ne sont que des créations de papier, ça ne touche pas.

Et puis la plume. Plate et énumérante. Pour une raison qui m'échappe, l'auteure a entrecoupé le récit de poèmes maladroits la décrivant à l'ouvrage. Soit. Mais quel intérêt de nous raconter qu'une perte de ses données l'a obligée à ré-écrire une partie du manuscrit ? A part de suggérer aux esprit mesquins (dont je fais certainement partie) qu'elle aurait pu s'en abstenir, je ne vois pas.

Le succès de ce livre m'échappe. Comme le succès de beaucoup de livres pour lesquels il est évident que la qualité et les ventes ne sont pas corrélés. La Tresse est à la littérature ce qu'une spécialité fromagère est au fromage. Ça se veut accessible et facile à consommer alors que c'est juste fade et pas rassasiant.

La Tresse de Laetitia Colombani, Grasset
Couverture du livre La Tresse de Laetitia Colombani chez Grasset
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J'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat avec NetGalley. Je remercie les éditions Grasset de m'avoir permis de le découvrir. Il s'agit d'une chronique entièrement rédigée pour le blog Ramona Lisa et toutes les opinions exprimées sont les miennes. 

Commentaires

  1. Aaaah un avis négatif! Je ne l'ai pas lu, ma bibliothécaire a dit 'c'est bien mais sans plus', ce qui me suffisait, mais là il faut que j'aille voir ^_^
    Mais méfiance, la dernière fois que j'ai voulu expérimenter hors de ma zone de confort, c'était pour le dernier Marc Levy, et patatras, première page, il explique pourquoi Eleanor rigby, et les Beatles et tout ça. J'ai abandonné.

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