Fendre l'armure - Anna Gavalda

C'est drôle, mais j'ai le sentiment d'avoir rarement lu un aussi beau livre. Ça ne doit pas être tout à fait vrai mais c'est très loin d'être faux. Je ne sais pas vraiment si le terme de "livre" est adapté puisqu'il s'agit de nouvelles. Un recueil de nouvelles, voilà. C'est d'autant plus juste que du recueillement, c'est ce que j'ai ressenti en les lisant. 

Ça n'est pas seulement à cause, ou plutôt grâce (et de la grâce, ces nouvelles en sont pleines) à ces moments de vie ou à ces personnages qui semblent encore plus vrais que s'ils l'étaient réellement. Et pourtant ça, c'est déjà grandiose, inaccessible à beaucoup de plumes, en tout cas à la mienne.

C'est aussi la façon dont Gavalda met le doigt sur ce qui fait de nous des êtres humains. Et là, c'est peut-être donné à encore moins de monde. Ça tient à un détail, fugace, fragile, anodin et tellement authentique que c'est bouleversant. Gavalda peut décrire des souliers, leur laçage, leur matière, leur patine, leurs semelles, avec tellement de poésie, de sensualité et de justesse qu'elle ne nous parle plus de souliers, elle nous parle de nous. Elle nous parle de nos solitudes, de notre besoin d'amour, de nos vulnérabilités et de ce qui nous rend beaux. 

Et tout est juste : le ton, les images, le rythme, les sons. C'est une expérience hautement sensorielle, de lire Gavalda, c'est même plus que ça, ça vous transperce et ça vous réconforte tout à la fois. Oui, ça fend l'armure, ça fend le coeur aussi, et c'est bon. 

Fendre l'armure d'Anna Gavalda, Le Dilettante
Couverture de Fendre l'Armure d'Anna Gavalda
"Je buvais trop d'alcool. Je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet, ceux qui savent savent et n'ont pas besoin qu'on leur raconte avec quel génie le cerveau se met au service du coude et ceux qui ne savent pas ne peuvent pas comprendre."

"- Vous faites quoi ?
- Je suis poète.
'Tain, j'ai eu l'air con. Je ne savais même pas que ça existait encore comme profession."

"Je vous écris du bout du monde et dans un état plus proche du somnambulisme que de la simple insomnie."

"Je remercie toujours et je remercie toujours avec de l'argent. J'entends d'ici les "Tttt… Tttt…" de protestation des béni-oui-oui du sentiment. Toute ma vie, je les ai entendus, toute ma vie. Seulement voyez avec Julio, mais il me semble qu'un billet de cinquantaine glissé dans un petit merci lui aura fait autant plaisir qu'un grand merci glissé dans rien du tout. Et sa moralité n'a rien à voir là-dedans. Ni la mienne d'ailleurs."

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