Au fond de l'eau - Paula Hawkins

Quand ma soeur m'a demandé ce que j'avais pensé d'Au fond de l'eau, je lui ai dit que ça m'évoquait un Twin Peaks féministe. 

On retrouve la petite ville, ici c'est Beckford, avec sa rivière, le lycée du coin, les secrets des un.e.s et des autres, et puis des amitiés, des amours, son lot de rancunes et de trahisons. Ça commence aussi avec une femme morte péchée dans la rivière, un gros point commun. 

A vrai dire, la rivière, c'est pas la première fois qu'elle transporte des corps de femmes. Elle fait ça depuis la nuit de temps, depuis que certains ont pris l'habitude de se débarrasser de celles qui posent problème. Donc, ça date. Y en a qui ont été accusées de sorcellerie, d'autres qui étaient forcément coupables de quelque chose, et puis y a celles qui se sont débarrassées d'elles toutes seules, par anticipation de ce qui les attendait. La rivière, c'est à la fois le noeud coulant (c'est le cas de le dire), la censure et l'opprobre social. 

Ce que j'ai le plus aimé dans ce livre, au-delà de la qualité de l'intrigue et son suspens, c'est la façon dont Paula Hawkins peint, par petites touches subtiles, la toile du patriarcat. Toutes les femmes de ce livre en font l'expérience, qu'elles s'y confrontent ou qu'elles s'y soumettent.

J'ai aimé aussi la construction, la façon dont l'auteure tresse le récit en entremêlant les points de vue des personnages. Ca se croise, ça bifurque, ça se recoupe, ça se confronte. Et à la fin ça nous donne une narration subtile, nuancée, avec des personnages denses. En fait, ça nous donne un vrai bon bouquin.

Au fond de l'eau de Paula Hawkins - Editions Sonatine
Couverture d'Au fond de l'eau de Paula Hawkins
"Ce que je voudrais retrouver m'échappe, et ce que j'essaie d'oublier me revient sans cesse."

"Nickie disait qu'il y avait dans ce village des hommes prêts à vous condamner au premier regard, qu'il y en avait toujours eu. Mais évidemment, les gens fermaient les yeux. Ils n'aimaient pas penser au fait que l'eau de leur rivière était infectée par le sang et la bile de femmes persécutées, de femmes malheureuses : ils la buvaient tous les jours."

"Quand on se met à poser des questions et à placarder des annonces dans les magasins et les pubs, quand on commence à prendre des photos, à entrer en contact avec des journaux et à s'interroger sur les sorcières, les femmes et les âmes perdues, ce n'est pas des réponses que l'on cherche, mais des ennuis."

"Les histoires que tu racontais, ce n'était pas LA vérité, mais TA vérité, suivant tes motivations. J'en sais quelque chose : j'ai été du mauvais côté de ta vérité la plus grande partie de ma vie."

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