Et si tu n'existais pas - Claire Gallois

J'avais envie de découvrir ce livre sans m'attendre à l'apprécier autant. Déjà le titre, qui me rappelait Joe Dassin et je déteste Joe Dassin. Et dès les premières pages j'ai réalisé que j'étais assez insensible à l'affection de la narratrice pour Yaya, sa mère de substitution, qui est le grand amour perdu de son enfance. Dans la mesure où c'est le sujet du livre, ça semblait mal parti.

Mais en fait ça n'est pas seulement ça le sujet du livre. Bien sûr, il y a l'abandon de cette petite fille, appelons-la Claire, même si ça n'apparaît nulle part dans le livre, car, quand même, on dirait bien qu'il s'agit de l'histoire de Claire Gallois. Donc peu de temps après sa naissance, Claire est abandonnée, ou plutôt confiée comme dirait sa famille si elle osait en parler, aux soins de Yaya, une jeune femme pieuse qui vit dans un hameau perdu. C'est un amour profond qui unit Yaya et Claire et donc un déchirement quand la mère revient chercher sa fille de 6 ans.

Pourquoi l'avoir laissée ? Claire ne le saura jamais vraiment, même s'il y a des pistes qui apparaissent, en filigrane, dans son récit. Peut-être l'influence d'une grand-mère toute puissante dans cette maisonnée qui ne tolère pas le péché, et qui, s'il devait se produire, a pour réflexe de le dissimuler et de le ligoter avec des bondieuseries. Parce qu'en effet, les raisons qui ont mené à l'abandon de la fillette sont peut-être bien les mêmes qui ont conduit sa mère à la reprendre : la conformité aux bonnes mœurs catholiques et la préservation des apparences.

Donc à six ans, Claire découvre ses origines : bourgeoises et parisiennes. Sa famille : catholique, pétainiste et guindée. Sa mère : qu'elle n'aime pas. S'insinuent donc un sentiment d'illégitimité, peut-être parce qu'il s'agit justement d'une enfant illégitime, allez savoir, et de rébellion. J'ai particulièrement aimé la façon dont l'auteure décrit sa famille. Personne ne trouve grâce à ses yeux, et ce n'est pas par esprit revanchard, par mauvaise foi, c'est le cas de le dire, mais par lucidité et volonté de restituer l'hypocrisie qui règne au sein du foyer. Les actions charitables menées pour expier ses propres péchés. La tendance naturelle à choisir le camp des puissants plutôt que le camp des justes.

Derrière une plume élégante et un style classique, Claire Gallois sème des formules mordantes, aiguisées, qui montrent que, dès son enfance, elle n'est dupe de rien même si elle ne comprend pas tout. A commencer par le sens de tout ça.

En somme, un récit d'enfance tendre (pour Yaya) et acerbe (pour les autres) qui plaira à ceux et celles qui aiment que la vérité soit dite.

Et si tu n'existais pas de Claire Gallois - Editions Stock
Couverture du livre "Et si tu n'existais pas" de Claire Gallois

"A six ou sept ans, j'avais déjà conscience de leur addiction à la piété mais non de ses dangers. Je découvrais aussi que les bons sentiments sont souvent accompagnés d'une bêtise crasse."
  
"Au fil des ans, je me suis aperçue qu'ils vénéraient le péché, dans cette famille. C'était l'unique objet de leur bonne conduite,  sauvegarder à tout prix les apparences. Je ne savais pas encore ce qu'il leur en avait coûté avec moi mais, quand je serais grande, j'en saisirais l'enjeu. Je saurais pourquoi, chez eux, je n'étais pas chez moi. Aucune faute ne devait être avouée, seulement dissimulée pour ne pas entamer la figure des bonnes mœurs."

"Elle n'avait pas commis la gaffe des vieux riches qui se font poser des ratiches d'un blanc éblouissant de WC tout neuf."

"Le prix le plus élevé que réclame la liberté est parfois le manque d'argent".

"Demande pardon, tant que tu y es. Cela excuse toutes les saloperies dans ta religion."

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J'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat avec NetGalley. Je remercie les Editions Stock de m'avoir permis de le découvrir. Il s'agit d'une chronique entièrement rédigée pour le blog Ramona Lisa et toutes les opinions exprimées sont les miennes. 

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