Bonjour Tristesse - Françoise Sagan

Je n'avais encore jamais lu de Françoise Sagan. J'ai commencé par Bonjour Tristesse parce que c'est le plus connu. Et en le lisant, j'ai vraiment eu le sentiment que j'avais perdu mon temps, toutes ces années où je rechignais à l'ouvrir. Je rechignais parce que ça me semblait trop "français", trop bourgeois. À avoir des a priori on loupe des trucs. Parce qu'en fin de compte, quelle beauté... J'ai été émerveillée par ce texte. En fait, il y a tout ce qu'il faut pour que j'aime : de la justesse, de la vulnérabilité, de la paresse, de l'ironie. Pas mal de lucidité, un peu de mauvaise foi aussi. 

Bonjour Tristesse c'est les vacances de Cécile, près de Saint-Tropez, avec son père, Raymond, un quadra qui collectionne les conquêtes. Cécile fréquente les clubs avec Raymond. Elle boit, elle fume, parfois un peu trop, elle se laisse porter par la vie avec candeur, avec confiance, l'essentiel étant de s'amuser, sans réaliser ce que cette spontanéité peut avoir de transgressif. Car Cécile a 18 ans et nous sommes en 1954. 

Alors, quand Anne apparaît dans sa vie, ou plutôt dans celle de son père, mais ça revient au même, Anne qui incarne l'ordre et le raisonnable, Cécile sent sa liberté lui échapper. Il faut faire quelque chose, sinon adieu bonheur. Alors Cécile suggère, conseille, manipule un peu son entourage, si bien qu'alors qu'elle voulait fuir les responsabilités, elle se retrouve à devoir les endosser, les siennes et aussi un peu celles des autres, comme si ce n'était pas déjà assez compliqué comme ça. 

Bonjour Tristesse c'est la mélancolie d'avoir dû se défaire de sa liberté. Parce qu'il n'y a qu'en étant totalement libre qu'on peut être heureux, en tout cas aux yeux de Cécile. C'est aussi réaliser que la vie n'est pas une longue jouissance mais qu'elle a ses mouvements propres, son libre-arbitre, et que parfois même elle se retourne contre vous. De quoi se sentir un peu triste en somme. 

Bonjour Tristesse de Françoise Sagan - Editions Pocket
"Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse."

"La liberté de penser, et de mal penser et de penser peu, la liberté de choisir moi-même ma vie, de me choisir moi-même. Je ne peux dire 'd'être moi-même' puisque je n'étais qu'une pâte modelable, mais celle de refuser les moules."

"La chaleur était torride, mais je me mis à courir, poussée par une sorte de rage, d'autant plus violente que je n'étais pas sûre de ne pas avoir honte."

"Il prenait ce que je ne pouvais supporter de prendre : les responsabilités."

"Je vous en prie, dis-je, ne me jetez pas ainsi ma jeunesse à la tête. Je m'en sers aussi peu que possible."


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